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Ava, la dame en verte, l’artiste strasbourgeoise de Décibulles

Orianne Bernard, Strasbourgeoise, incarne une sensuelle et sublime clown, Ava la dame en vert. On l’a rencontré pour vous sur le festival Décibulles à Neuve-Eglise.


Orianne Bernard est originaire de Strasbourg. Artiste trapéziste autodidacte, elle présente un spectacle d’une rareté authentique : le clown burlesque. Femme des années 1950, Ava la dame en verte est une femme clown qui vous emmène dans un univers décalé et hors du temps. J’arrive sur site et Orianne est encore en train de s’échauffer. La structure pour le trapèze est déjà montée et elle s’entraîne. Finalement, on la cherche pour l’interview, elle me confie que ce sont des conditions différentes de ce qu’elle connaît d’habitude et que du coup, son échauffement a été réduit. Ça l’embête un peu, mais ce sont les aléas du métier. Arrivés à la chapelle, on commence l’interview…

ava décibulles

Ava en répétition avant l’interview – ©Camille Dietsch pour My Mulhouse

Camille : Orianne, tu peux nous en dire un petit plus sur ton parcours ?

Orianne : Je suis comédienne formée à l’école Jacques Lecoq à Paris, et autodidacte en cirque. J’ai commencé le cirque à 33 ans. En fait, je tournais avec une compagnie de clown, et j’étais à New York. À un des spectacles du Big Apple Circus où j’étais invitée, un trapéziste est entré en piste et j’ai eu le coup de foudre pour la spécialité. Je me suis dit que j’avais envie de faire ça. Je suis rentrée en France et j’ai dit que c’était ça que je voulais faire. Bien sûr, j’ai été découragée de toute part, mais je n’en avais que faire. Je me suis dit que ça ne pouvait que marcher. Je ne voulais surtout pas mourir frustrée de ne pas avoir essayé.

Est-ce qu’on peut lire un message dans tout ça ?

Je pense effectivement que ce n’est pas grave d’échouer, mais qu’il faut au moins essayer. Si j’avais dû arrêter à chaque fois qu’on ne m’a pas encouragée ou même qu’on m’a découragée, je n’en serai pas là. A 10 ans, on m’a dit que je devais arrêter la danse à cause de mon genou qui se déboîte. Du coup, beaucoup de portes se sont fermées. Aujourd’hui, je ne regrette rien. Il se déboîte toujours (!) mais depuis ce virage, j’ai aussi eu de bonnes rencontres.

C’est-à-dire ?

Après un an d’autodidactie, à apprendre le trapèze avec des vidéos en ligne, j’ai eu le plaisir de rencontrer Zoé Maistre qui vient de Paris, et elle est devenue ma guide. J’ai enchaîné sur de l’intensif pendant 7 mois avec elle. J’ai dû mettre les bouchées doubles. Je fais entre 3 et 4 entraînements de 4h par semaine. J’ai dû arrêter mes contrats de théâtre pour m’y consacrer à plein temps. Sans oublier aussi pour Ava, tout le travail de réflexion, d’écriture, de répétition… Aujourd’hui, ce travail a payé puisque je travaille avec l’une des six plus grosses compagnies de clown de France.

Ah oui quand même, pour une autodidacte… c’est pas mal !

Ma double casquette de comédienne importe aussi dans ma carrière. On m’embauche aussi parce que je suis comédienne. Disons que ça change des personnes testostéronées qu’on retrouve souvent dans le cirque. J’apporte une touche différente, alternative.

Est-ce que tu as déjà fait des bulles à savon ?

Oui ! Notamment à l’hôpital, avec les enfants malades quand je suis clown.

Mais elle vient d’où Ava ?

C’est un travail avec Alexandre Pavista, qui est un super clown. J’avais envie de quelque chose de différent, et on a décidé de jouer sur l’icône.

Du coup, c’était nécessaire d’avoir un homme pour ne pas tomber dans le cliché, être au plus juste ?

Le travail avec Alexandre est hyper intéressant. Il a la force d’être féministe, éduqué par sa mère et sa sœur, sa tante… Du coup, il a une sensibilité intéressante. C’est aussi un très bon metteur en scène. Il milite pour les femmes, notamment dans le milieu du clown, parce qu’il a constaté que dans les stages il y a 9 femmes pour un homme dans un groupe de 10, alors que dans le métier, on n’en retrouve quasiment pas. On a tout de suite vu le potentiel d’Ava.

Elle est où Orianne dans tout ça ?

(rires) Je donne mon corps à cette femme, ce personnage. Je suis comédienne, elle m’habite. J’avoue que parfois j’ai même des « ah merde » qui sortent (voir sa vidéo, ndlr) !

Ava est une femme sensuelle, sublime et qui fait rêver. Ton outil principal est ton corps… Quelle relation as-tu eu avec ton corps dans ta vie ?

Je n’ai jamais été à l’aise avec mon corps. Au départ de l’aventure Ava, j’ai beaucoup pleuré, c’était un vrai challenge. De devoir dire « Bonsoir, je suis belle », ce n’est pas facile. Au départ, c’était vraiment dur. Il m’a fallu du temps pour être à l’aise. Le projet a été monté vite, mais il m’a fallu environ une quarantaine de représentations pour le sentir, sentir le rythme.

Le timing est important dans ce genre de spectacle ?

Il faut du temps pour peaufiner, trouver le rythme et assumer complètement. Parfois j’étais trop timide, mais Ava ne peut pas l’être. Parfois j’étais “trop”, et ça, ce n’est pas possible non plus, il faut trouver le juste milieu. Trouver la “balance”, l’équilibre, c’est toute la difficulté du clown, parce qu’on travaille toujours sur le fil du rasoir. Une blague peut tomber à plat à une seconde près. Du coup, ça met du temps de monter tout ça et d’être comme il faut.

ava clown burlesque

Ava prépare une fougasse à la cha-chataîgne sous une chaleur torride – ©Camille Dietsch pour My Mulhouse

Vous êtes en constante évolution en fait ?

Oui. On a bien mis sept représentations pour comprendre entièrement le rôle de chacun dans le feu de l’action, ce qu’on faisait chacun à notre place. Souvent, les organismes qui nous subventionnent viennent à la première représentation, et ce n’est pas vraiment bien pour nous, parce qu’on n’est pas au point entièrement. Bien sûr, on a passé des semaines d’entraînement, de répétition, mais les représentations en public nous apportent un vrai retour pour savoir comment évoluer, corriger…

Mulhouse, tu connais ?

Oui. Je suis originaire de Strasbourg, donc c’est assez facile, mais je suis aussi intervenue à l’hôpital psychiatrique de Rouffach pour du clown et des mises en scène. Aujourd’hui, j’ai d’ailleurs un projet « Mon voisin est extra » avec quatre quartiers sensibles de Mulhouse, avec les hôpitaux de Mulhouse et de Rouffach. Ce projet est à destination des personnes qui sortent de l’hôpital psychiatrique et qui sont en insertion.

Ça fait quoi de faire un spectacle à Décibulles ?

Ce n’est pas commun pour moi, parce que je travaille en chapiteau ou en intérieur en général. Bien sûr, c’est plus compliqué, car l’écoute du public est plus diffuse, et je travaille aussi beaucoup sur les silences, donc ce n’est pas facile de capter l’attention, d’avoir le même rendu que dans mon spectacle entier en intérieur. Mais c’est chouette. J’aime beaucoup les arts de rue. Je milite pour les arts de rue. C’est souvent dénigré, mais pour moi, c’est la première marche pour donner envie aux gens d’aller voir des spectacles. Les plus beaux spectacles que j’ai pu voir étaient dans la rue.

Tu rêvais de quoi alors quand tu étais petite ?

Je rêvais d’être danseuse. Mais comme dit, à 10 ans, quand on m’a annoncé que je ne pouvais plus faire de sport, j’ai été blessée. Vraiment sincèrement… Sinon, je rêvais d’être princesse… et dictateur… Ouais, une princesse dictateur. Du monde entier bien sûr. Mais pas celle qui est méchante, juste celle qui exige.

Qu’est-ce que ça te fait de faire rire une salle entière ?

C’est génial, j’adore. C’est un pouvoir. J’adore qu’on me fasse rire, alors c’est normal que j’adore faire rire. C’est une générosité. Rire est une des plus belles choses de la vie.

ava chante

Ava nous chante une chanson… oh… ô… surprenante ! – ©Camille Dietsch pour My Mulhouse

C’est quoi ta danse préférée ?

L’Amazurca. C’est une danse traditionnelle des pays de l’Est, une danse de couple. Quand on perd le contrôle et qu’on lâche prise, c’est là que c’est le mieux. C’est une danse pour tomber amoureux.

Aurais-tu un rêve à réaliser ?

Une tournée avec Les colporteurs avec la caravane et les chapiteaux. Déjà toute petite j’aimais les petits espaces. Sinon, dans un petit village dans la banlieue de Strasborug dont-je-tairais-le-nom, je rêve d’installer une éco-maison et développer de la permaculture. Je n’ai peur de rien. J’ai réussi jusqu’à maintenant. C’est comme quand j’ai décidé de me lancer dans le trapèze : ce n’est pas grave si je fais que ça pendant six mois, je n’ai pas peur. J’ai toujours la possibilité de faire autrement. Tant qu’on est vivant, tout est toujours possible, c’est la société qui cherche à nous faire croire le contraire.

Merci Orianne pour cet échange, je te souhaite bonne route avec Ava. Continue de sublimer le clown au féminin sur le fil du rasoir, tu le fais superbement.

J’ai aimé : découvrir son parcours, sa personnalité, son engagement, son spectacle.
J’ai moins aimé : devoir arrêter l’interview.
Infos pratiques :
Site de l’artiste : Ava (Orianne Bernard)
Décibulles 2016 : le dossier
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Sundgauvienne de naissance, Mulhouse était pour beaucoup « the place to be » lorsque j’étais ado. Aujourd’hui, après de nombreuses années de vie un peu partout en France et à l’étranger, je me re-pose et re-découvre cette ville. Je vous propose de m’accompagner dans mes découvertes et kiffs sur une « place to be » parmi tant d’autres dans ce monde.

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