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Faada Freddy : un homme qui fait vibrer tous les corps

Il est un des rares artistes à rendre ses lettres de noblesse à l’outil le plus répandu dans le monde, mais sous-exploité : le corps humain. Faada Freddy n’utilise que les percussions corporelles et la voix (beatbox, chant…) pour un concert magique où les musiciens vibrent et font vibrer le public. Rencontre.

Faada Freddy

Un concert immensément humain où chacun vibre sur les vibrations et percussions de 6 humains – ©Camille Dietsch pour My Mulhouse

Son concert nous a transporté, nous a fait vibrer, nous a donné un orgasme de peau (c’est le nom scientifique de la chair de poule qu’on a sur la musique par exemple)… et tout ça qu’avec le corps humain. Je sors transformée de ce concert incroyablement inouï. Subtilement humain et magnifiquement transportant. Et là, je rencontre Faada, un autre moment de bonheur…

Camille : Décibulles, ça te fait quoi comme effet Faada ?

Faada : Wow… Ici… C’est particulier. Déjà le site est magnifique. Dans une vallée, entourée de nature, c’est vraiment superbe. J’ai eu grand grand plaisir à jouer ce soir. J’ai été touché par ce qui s’est passé : l’environnement, le public… la chaleur humaine était très positive ce soir. L’objectif était de se regrouper, comme des voisins. C’était un vrai mélange, et être témoin de ce qui se passe, ça n’a pas de prix.

On a l’impression que c’est assez particulier ici comme tu en parles ?

Oui, vraiment. C’était… les chaleurs sont différentes. Tout est lié aux régions, et ici, je peux dire que j’ai vraiment eu grand plaisir à jouer.

Comment t’es venue l’idée de faire cette musique ?

Au Sénégal, où je suis né, quand j’étais petit je m’amusais à reproduire tous les sons que j’entendais à la radio avec ce que j’avais. Le plus accessible était mon corps. On avait rien, pas de guitare ou de percussions… C’est comme ça que ça m’est venu.

Ça n’a pas dû être facile d’arriver à ce résultat ?

On a beaucoup travaillé. J’ai travaillé la tessiturisation et la fréquence. Quand on respire, on va sortir des sons différents. Notre souffle est aussi important. Tout est important. J’ai trouvé un superbe ingénieur du son qui m’a aussi beaucoup aidé, il est un musicien pour moi aussi. Antoine G. fait partie du groupe au même titre que les autres. Je l’ai longtemps attendu.

Tu dis que pour ton prochain album, tu n’es pas décidé ?

Oui, j’hésite entre continuer les sons corporels uniquement ou bien, tenter d’utiliser des instruments créés à partir de matières recyclées. Chaque matière recyclée sonne différemment, c’est plus naturel, plus proche du corps… ça peut aussi être intéressant. Je ne sais pas encore, je verrais.

D’où vient Faada Freddy ?

Mon vrai prénom c’est Fatha. J’ai un ami américain qui a lu mon nom en le prononçant “Fadder”, qui est un peu la version slang (familière, ndlr) de “père” en anglais. Ça m’a bien plu et je l’ai adapté pour en faire Faada. Et Freddy, pour Mercury !

Pourquoi avoir choisi de reprendre “These little black sandals” de Sia ?

Cette chanson est puissante. Je crois en la femme forte. Ses paroles sont belles. Sia a même dit que c’était la meilleure reprise qui existe. Elle a d’ailleurs invité ses followers sur Twitter à découvrir cette version. Ça a eu beaucoup de succès.

Pour toi, la musique c’est quoi ?

On est en connexion. On oublie qu’on fait partie de la nature. Avec la musique, les peurs sont anéanties, les couleurs disparaissent. L’univers a un coeur qui bat au même rythme quand on se laisse aller. Je n’ai pas honte de chanter. Aussi, c’est merveilleux de perpétuer les oeuvres d’artistes qui font des nuits blanches pour pouvoir les sortir en reprenant leurs titres. Avant, on écrivait sur les cavernes, aujourd’hui la musique est un témoignage de notre temps, on perpétue les cultures. C’est tellement beau de pouvoir garder un héritage.

Tu vis musique alors ?

Tout le temps. Je fais des nuits blanches, je ne les compte plus. Toutes les nuits il y a quelque chose qui sort. Parfois le bruits des cigales, le vent, une naissance, une beauté, des yeux… tout ça, ça parle. Il y a beaucoup de choses à dire si on écoute vraiment. Il suffit de regarder et d’écouter. C’est là le talent. Ecouter c’est l’art. C’est génial qu’une partie de nous se retrouve dans ça. Il faut s’écouter, vibrer avec ce qui émane de nous, écouter les bruits de son âme.

Vu l’exigence de l’implication des musiciens de ton groupe, ça ne doit pas être facile de recruter !

Oh oui, c’est… j’ai une vraie famille. Toute mon équipe est (il se touche le coeur) géniale. Tu sais, on passe tellement de temps sur la route dans notre bus tour, qu’il faut qu’on s’entende. Je ne veux pas de CV ou quoi, mais si je le sens bien, je les prends, ça ne s’explique pas. C’est comme ça. Bien sûr, il faut qu’ils aient envie de le faire aussi ce projet !

Comment s’est passé le début de ton projet ?

Haha ! Au départ, il y a eu des gens à qui j’ai présenté mon projet “avec des percussions corporelles et des voix, sans instrument”, les mecs ils m’ont rit au nez. Puis finalement, quand ils ont entendu ce que ça donnait plus tard, ils reviennent et me disent “oh man, ça déchire”! Haha ! Quand on a un rêve, il faut y aller. Plus on lâche pas, plus la dynamique est positive. J’aime les gens têtus. Le hasard n’existe pas pour moi.

Donc tu n’hésites pas à essayer ?

J’aime bien l’imperfection, me gourer. C’est au moment où je crois que je suis invincible que je me plante en général. Et là, j’apprends vraiment. Je n’ai pas peur d’avancer. Ce n’est pas parce que les autres ne sont pas d’accord qu’il faut arrêter. On a le droit de respecter notre vie, c’est une forme de liberté. On est dans une société où on nous fait croire qu’on a des libertés. Une grille normative avec des chaînes invisibles qui nous fait faire semblant d’en avoir. A nous de jouer notre vie.

Tu aimes vraiment la vie !

Oui, il faut des connexions entre les gens!

Tu aimes bien les “free hugs”?

Oh yeah !

Je peux en avoir un ?

Of course ! (bien sûr, ndlr)

faada freddy et camille dietsch pour my mulhouse

Faada Freddy, la rencontre avec un artiste humain et humaniste – ©Camille Dietsch pour My Mulhouse

C’est sur ce “câlin” avec un artiste incroyablement altruiste, humain et éveillé que je termine mes rencontres sur Décibulles. Il me parle en anglais de ce qu’il a ressenti et je le remercie pour cet échange. Faada est une source d’énergie positive, un rayon de lumière et sa rencontre ne me laissera pas indemne, tout comme la rencontre avec sa musique. Car il a vraiment su rendre sa noblesse au corps humain, dont nous oublions trop souvent de prendre soin. Lorsque je le remercie de m’avoir fait changer ma vision de la musique, il me remercie à son tour avec un sourire positivement gêné.

Nous avons été transporté sur de la musique électro humaine, et nous avons vibré (y compris les futurs enfants de deux copines) sur des basses d’un homme qui sait faire vibrer sa voix: inédit! Je souhaite à tout le monde de vivre cette sensation corporelle. Battements de coeur, claquement de doigts, frappe de main, beatbox n’ont plus la même signification pour moi désormais. C’est inoubliable. Merci Faada et ton équipe.

J’ai aimé : son concert, la basse, l’énergie, la rencontre, le hug, tout.
J’ai moins aimé : ne pas pouvoir passer plus de temps à discuter avec lui, bien qu’il se disait disponible, je n’ai pas voulu le déranger. Suis-je bête.
Infos pratiques :
Faada Freddy, son site internet faadafreddy.com et sa page Facebook
Décibulles 2016 : le dossier
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Sundgauvienne de naissance, Mulhouse était pour beaucoup « the place to be » lorsque j’étais ado. Aujourd’hui, après de nombreuses années de vie un peu partout en France et à l’étranger, je me re-pose et re-découvre cette ville. Je vous propose de m’accompagner dans mes découvertes et kiffs sur une « place to be » parmi tant d’autres dans ce monde.

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