Humour, Portraits
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Face à face avec Thierry Marquet, entre rires, peurs et émotions…

Thierry Marquet nous présente « Saignant mais juste à point » ce jeudi 24, vendredi 25 et samedi 26 septembre 2015 au théâtre l’Entrepôt à Mulhouse.
Ce pince sans rire à l’humour caustique est un pur produit local, un espèce de grand bonhomme made in Mulhouse qui vit désormais à Toulouse, comme si c’était le roi de la loose… Que nenni, il grimpe le petit Marquet, il grimpe…
Je suis allée à sa rencontre pour voir s’il était aussi drôle dans la vie que sur scène… Et là, j’ai découvert un type aux visages multiples : comique certes, mais qui fait peur aussi (c’est un mentaliste) et tout ça pour cacher un grand cœur sensible…

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Rencontre avec Thierry Marquet  ©Emmanuelle Van-Dinh pour My Mulhouse

Comment j’ai approché Thierry Marquet…

Un soir, je prends mon courage à deux mains et mes touches de clavier sous mes dix doigts pour lui écrire : « Bonsoir Thierry, je me permets de venir vers vous ce soir… car j’aimerais vous rencontrer… Je me présente vite fait : Emmanuelle, mulhousienne, amie de votre frangin (Frédéric Marquet, Manager du Commerce à Mulhouse que beaucoup connaissent), rédactrice occasionnelle sur un blog mulhousien My Mulhouse [blablabli blablabla]… Accepteriez-vous, cher Monsieur Thierry Marquet, de me consacrer un peu de temps lors de votre passage en Alsace ? ».

Sept heures plus tard, la sentence est tombée : « Pas de problèmes Emmanuelle, avec grand plaisir ! ».

Ma rencontre avec Thierry me confirmera que parfois il faut y aller au culot dans la vie pour arriver à quelque chose. Comme à l’accoutumée, je n’avais rien préparé avant THE rendez-vous (car j’aime travailler dans la spontanéité de l’instant présent) si ce n’est ces quelques basiques questions : Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Où vas-tu ? Comment parvient-on à intégrer la bande à Ruquier puis à se produire sur scène avec un one man show ? Quel est le regard de ta famille plutôt « sérieuse » sur ton métier d’humoriste ?

Thierry Marquet face à lui-même, face à une blondinette aux airs ridicules

« Elles sont bizarres tes questions, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?… Eh bien, désolé… Je suis Thierry Marquet, le frère de mon frère » me dit-il avec un long moment de pause et un petit air triste.

Puis il poursuit : « Je viens basiquement du Hasenrain à Mulhouse… Où je vais ?… Dans l’armoire de mon frère pour récupérer un T-shirt qu’il m’a piqué il y a 20 ans (je sais, lui seul comprendra mais c’est important, tu peux en parler), sinon à L’Entrepôt jeudi, vendredi et samedi soir… »

Ah oui, en effet, il n’avait vraiment rien de très drôle à ce moment-là le Thierry Marquet. Je lui fais remarquer et lui demande s’il n’avait pas un grand rêve dans sa vie, quelque chose qui le faisait triper quoi ! Et là, il me répond du tac au tac : « Si… J’aimerais aller en Laponie caresser des chiens de traineau et faire un spectacle dans un igloo… ». Il me regarde d’un air dubitatif et me dit : « Tu ne vas pas l’écrire ça, hein ? C’est nul… ». Je lui ai répondu : « Bien sûr que si, tu me fais ENFIN un peu rire, assume ton côté loufoque ! ». Il m’a regardé, je l’ai regardé, bref il avait re-marquet (facile celle-ci) qu’avec moi on ne plaisantait jamais.

Et moi j’ai adoré quand il m’a dit : « J’suis drôle dans la vie quand je connais les gens, mais sinon je ne suis pas drôle. Il me faut un public pour être drôle…». Il avait tout dit, on ne se connaissait pas, je n’étais pas son public donc il n’était pas drôle… jusqu’à ce qu’il se débride avec l’arrivée de Vanessa, sa meilleure amie d’enfance et là Thierry s’est transformé en Thierry MARQUET ! Eclats de rire garantis !!!

Le parcours de comique de Thierry Marquet

Je suis curieuse moi, donc j’ai voulu savoir comment on passe du petit Mulhousien que tout le monde déteste (ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui) au grand Toulousain que l’on finit par adorer, du moins quand il est sur scène (ça c’est moi qui le dis, pas lui).

Il me raconte alors qu’il a commencé à être comique à l’école (Jean XXIII, Jeanne d’Arc, Montaigne à Mulhouse), que c’était le trouble-fêtes dans toutes les classes dans lesquelles il était passé et qu’un jour, lors d’un spectacle de fin d’année où il imitait ses profs, il a pris conscience qu’il pouvait faire rire et qu’il pourrait éventuellement en faire quelque chose.

Son côté moqueur l’a longtemps desservi : il était détesté le Thierry Marquet… jusqu’au jour où il est victime d’un accident de manège (je ne sais pas pourquoi mais j’ai pouffé de rire à ce moment-là, sans doute car je connaissais la gravité de l’histoire mais sa manière de la raconter avec tant de détachement et de légèreté m’a fait marrer). Et là, suite à cet accident, c’est comme si on l’avait tout à coup humanisé, « la pitié m’a rendu sympathique » me dit-il.

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Thierry Marquet – © pamisire

Le parcours de Thierry est ensuite parsemé de coups de chance et de culot. Il commence comme chroniqueur de foot à RBS (Radio Bienvenue Strasbourg) avant de monter à Paris intégrer une école d’audiovisuelle. Dans ce cadre-là, il sera amené à faire un stage dans une agence de communication qui s’occupait du Festival du film de comédie de l’Alpe Huez. Il rencontre alors la bande de Laurent Ruquier et bosse un peu pour lui. Il faisait le larbin, comme il dit, rien de très intéressant mais il avait approché Ruquier. Il ose ensuite son premier coup de bluff et contacte la production d’Ardisson en leur affirmant : « Ruquier veut absolument que je fasse un stage chez vous, comment fait-on ? »… Et le culot a payé. Thierry devient alors assistant à la réalisation des célèbres caméras cachées en 2001.

Face à ce pitre ambulant, les réalisateurs finissent par emmener Thierry avec eux et à le faire participer à des petits happenings dans les caméras cachées. Mais Thierry ne voulait pas se contenter de ça et voulut rapidement faire des caméras cachées tout seul. Il ose alors son deuxième coup de bluff et fait croire à sa prod que Mickael Youn (« Le Morning Live », vous vous souvenez ?) l’avait sollicité pour qu’il fasse des caméras cachées en solo. Sa boîte de prod le retient alors et lui promet une place chez Ruquier. Thierry Marquet fait alors ses premiers pas dans l’émission « On a tout essayé ».

En 3 ans, de 2003 à 2005, Thierry aura fait plus de 200 sujets de caméras cachées et ça marche plutôt bien pour lui jusqu’au jour où débarque Florence Foresti. Comble de l’histoire, la période faste des caméras cachées de Thierry Marquet connaîtra la fin de ses heures de gloire car, à cette époque (je précise, à cette époque), Florence Foresti coûtait beaucoup moins cher que lui… Il m’a dit : « Elle est entrée dans la lumière alors que j’étais en train de visser une ampoule, tu vois ? » 😀

Thierry Marquet rejoint alors la chaîne du câble Astrocenter TV pour y présenter des portraits de personnalités de manière décalée en fonction de leur thème astral.

Parallèlement, il suit des stages de théâtre d’improvisation et c’est ça qui l’a lancé. Qui l’a lancé où ? «Nulle part ou alors juste à l’Entrepôt à Mulhouse… », se marre-t-il. Trèves de plaisanteries (on peut être sérieux 2 secondes avec toi ou quoi ???), c’est lors de ces stages qu’il rencontre Alfred Dumont avec qui il monte pour la première fois sur scène, en duo. Il se rend compte que ça marche, il sait faire rire un public inconnu mais il faut partager la recette :-/.

Il décide alors de se lancer seul et présentera son premier one man show « Thierry se fait re-marquet » en 2009-2010, puis « C’est Marquet dessus » de 2011 à 2014, avant de nous offrir son tout dernier spectacle « Saignant mais juste à point » qu’il nous présente dès ce soir au Théâtre de l’Entrepôt.

Entre deux, Thierry fait également des castings sauvages pour repérer des candidats pour la télé-réalité.

Le one man show « Saignant mais juste à point » de Thierry Marquet

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“Saignant mais juste à point” – One Man Show de Thierry Marquet

L’actualité de Thierry Marquet est donc son tout dernier one man show « Saignant mais juste à point », sorti cet été. Il essaye d’y aborder des sujets qui ne sont pas traités par les autres humoristes, des sujets de phénomènes de société (bon là j’avoue ne pas comprendre exactement où il veut en venir mais bon, je lui fais confiance et ne demande qu’à me laisser surprendre).

Donc, à priori, il y parle de cigarettes électroniques, de Blablacar, des castings, du racisme, de l’actualité, de mentalisme (ah oui, il m’a fait flipper quand il m’a regardée en arrivant en me disant « je ne te connais pas mais je sais plein de choses sur toi car je suis mentaliste »… ça, ça fiche sacrément les pétoches, je ne vous dis même pas… des fois qu’il sache des choses que moi-même j’ignore… Brrrrrr…) et de Patriiiiiiiiiick Bruel… Attention les filles, Patriiiiiiick sera parmi nous à l’Entrepôt ces trois prochains soirs !!! Vous avez entendu ???

Voilà, il ne m’en dira pas beaucoup plus, laisse planer le suspens et il fait bien, un one man show ça ne se raconte pas, ça se découvre et se vit en live !

Tout ce que j’ai pu comprendre entre les lignes, c’est qu’il aime prendre à partie son public et que plus la salle chahute, plus ça l’inspire. Alors allez-y, lâchez-vous, faites-lui plaisir et il saura vous faire mourir de rire… Enfin j’espère… 😉

Il était enfin l’heure pour moi de passer à la séquence émotions/bas les masques et je l’ai fait parler de sa famille…

Quel est le regard de ta famille, plutôt « sérieuse », sur ton métier d’humoriste ?

« Mes parents sont fiers de moi (tout comme ils sont fiers de ce que fait mon frère Fred), je pense… Contre toute attente, mon père, kinésithérapeute à la retraite depuis peu, est rigolo. Il est du genre à masser le mollet droit quand son patient a mal au mollet gauche, tu vois l’genre. Je pense qu’il aurait adoré faire ce que je fais… Ma mère, quant à elle, n’a toujours pas compris ce que je faisais dans la vie… Je plaisante, elle est fière et n’hésite pas à faire ma promo auprès de ses copines, sa coiffeuse, la boulangère… Mon frère, lui, je ne sais pas… De toute manière, il m’a toujours dit que je n’étais pas son frère, que j’avais été adopté et que son vrai frère s’appelle Franck Jemmerre. »

Oh punaise, on entre dans la 4ème dimension de Secret Story là ! 😀

Mais j’entends par là qu’il y a des parents fiers de leurs progénitures et ils peuvent l’être, deux frères un peu à la Léotard engoncés parfois un peu trop dans leurs vies tumultueuses respectives mais qui s’aiment et s’admirent pudiquement et secrètement. Voilà c’était ma séquence émotions…

L’heure tourne, je n’ai bientôt plus d’encre à ma plume et il est temps de se quitter. Je veux malgré tout recueillir encore son regard par rapport à Mulhouse et à l’Alsace.

Mulhouse, l’Alsace et toi…

« Je défends toujours Mulhouse quand on la critique alors que souvent les gens qui critiquent la ville ne l’ont jamais vue. Je suis peut-être le premier à m’en moquer mais je sais cependant que Mulhouse n’a rien à envier aux autres villes. Quant à l’Alsace, c’est plutôt une belle région. »

Je lui demande alors s’il parle alsacien et il me répond instinctivement : « Comme disait ma grand-mère, ohne Brillà und ohne Schnotz », ce qui signifie « sans lunette et sans moustache », nature quoi ! J’aime…

Ma dernière question était peut-être un peu autocentrée mais elle m’a fait marrer : « Qu’est-ce que ça t’a fait de me rencontrer ? »… « Ça fait du bien de rencontrer une alsacienne qui n’a pas l’accent… Sinon, j’ai été déçue, je m’attendais à voir une bombe et j’ai vu toi… »

Merci Thierry Marquet, 1000 fois merci…

J’ai aimé : ce riche échange tout en décontraction
J’ai moins aimé : qu’il me demande toutes les deux phrases “Tu comprends ?”
Infos pratiques :
Théâtre L’Entrepôt
50 rue du Nordfeld
68100 Mulhouse
Tél. : 03 89 54 46 31
Site : www.lentrepot.org

Pour suivre Thierry Marquet : www.thierrymarquet.fr

Classé sous : Humour, Portraits

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Amoureuse de ma ville, j'aime y vivre et y découvrir les perles culturelles qu'elle nous propose et nous offre en permanence (concerts principalement, expos, festivals en tout genre mais aussi jolies boutiques, endroits atypiques...). Et comme je dis toujours, quand j'aime J'AIME et j'aime partager ce que j'aime...

5 Commentaires

  1. Comme disait l’autre, espiègle et très sensible la charmante Emmanuelle . Lire vos textes c’est comme y être. En fait en lisant vous nous faite participer à l’échange et du coup on a l’impression d’entendre la conversation, de la vivre.
    Il y a un truc sur lequel je ne suis pas d’accord. Lorsque vous vous dénigrer en disant que vous avez l’air ridicule. Ca c’est inutile!

    Fernand’O

    • Je suis passé du pinceau au clavier, du tu au vous et bien entendu j’ai oublié de faire les corrections qui s’imposent!

      Comme disait l’autre, espiègle et très sensible la charmante Emmanuelle .
      Lire vos textes c’est comme y être. En fait en lisant vous nous faites participer à l’échange et du coup nous avons l’impression d’entendre la conversation, de la vivre !
      Il y a un truc sur lequel je ne suis pas d’accord. Lorsque vous vous dénigrez en disant que vous avez l’air ridicule. Ca c’est inutile!

      Voila comme ça c’est mieux!
      Fernand’O

      • Emmanuelle dit

        J’ai retenu quelque chose de très important lors de mon entretien avec Thierry Marquet… Parfois, il faut oser et y aller au culot pour y arriver…
        Alors je vais y aller au culot Fernand’O et accepter de venir vous rencontrer pour éventuellement vous tirer le portrait…
        Un comble pour une observatrice d’artistes ! 😉

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