Théâtre
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« Le moral des ménages » : chroniques de la famille (presque) ordinaire

Hier soir à la Filature, Mathieu Amalric incarnait le loser magnifique Manuel Carsen dans un « Moral des ménages » au vitriol. Texte ciselé et immense prestation scénique : un évènement à ne pas manquer.

mathieu amalric à la filature à mulhouse

Mathieu Amalric, impérial dans le rôle de Manuel Carsen – © Marc Domage

Il y avait foule hier soir à la Filature pour la première du « Moral des Ménages », et la salle modulable bruissait de cette excitation presque palpable qui disait en substance qu’on allait assister dans quelques minutes à une pièce portée par un succès critique annoncé. Et aussi, qu’on allait voir Mathieu Amalric en vrai. Quand même.

L’obscurité se fait, ambiance western crépusculaire, une odeur de cigarette s’élève, la lumière se fait sur le visage de Mathieu Amalric qui prend son micro et… sa voix au timbre si particulier prend immédiatement toute la place et nous fait entrer, déjà un peu secoués, dans le vif du sujet.

Un gratin de courgettes qui tourne en eau de boudin

Au commencement était donc un petit garçon, Manuel Carsen, qui se rêvait chanteur. Rejetant tous les attributs de la middle class incarnée par le travail de son père et le sempiternel gratin de courgettes de sa mère, Manuel oscille entre cruauté et désespoir pour se libérer coûte que coûte du terrible fardeau de la vie.

Impérial, Mathieu Amalric donne à son personnage une intensité dramatique telle que Manuel nous inspire à la fois de l’empathie, de la tristesse, puis un début de malaise… et au final une certaine affection pour ce paumé rattrapé par le destin. Le nuage noir qui accompagne Manuel en permanence, ses cauchemars, ses fantasmes, sont portés par des variations autour de la voix : parfois au micro, grave, sensuelle, menaçante, et parfois aussi craintive et désespérée, comme le petit garçon en lui. En filigrane, les dessins de Blutch, illustrent à la perfection la nébuleuse du cerveau de Manuel.

mathieu amalric à Mulhouse

Un crâne dans la tempête – © Marc Domage

Aux côté de Mathieu Amalric, Anne-Laure Tondu incarne avec brio les figures féminines qui jalonnent la vie de Manuel : tour à tour femme objet lascivement lovée à ses côtés, mère castratrice, sémaphore effrayant, elle finit par se soulever contre ce père absent, désormais mutique, qui n’aura su lui enseigner que la « beauté de l’automne ».

J’ai aimé : être envoutée.

J’ai moins aimé : que cela se termine

Infos pratiques :
La Filature
20 allée Nathan Katz
68100 Mulhouse
Tél. : 03 69 77 65 10
Site web : http://www.lafilature.org


Trois autres représentations les 8, 9 et 10 octobre 2014 à 20h (sauf jeudi à 19h). 
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Au début, de l'indifférence, puis de l'attachement, ensuite un rejet total, et aujourd'hui je l'aime aussi tendrement que sereinement. Une histoire d'amour classique, donc, que j'essaie de raconter à ma façon, avec les mots que j'adore manier et les images qu'elle m'offre chaque jour.

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