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Quand l’Opéra National du Rhin nous raconte la vie de Chaplin

Je suis allée voir Chaplin, un spectacle chorégraphié par Mario Schröder, le dimanche 4 février 15h à la Filature. Ce ballet narratif, présenté par l’Opéra national du Rhin, nous offre un tableau de la vie de Chaplin en 1h30. Alors, qu’en ai-je pensé ?

Premières impressions

La bande-annonce du spectacle Chaplin à l’esprit, je m’étais installée dans le fauteuil confortable de La Filature, toute disposée à découvrir une nouvelle performance de l’Opéra National du Rhin dont j’admire le travail et la programmation, même si je n’ai pas l’occasion d’aller voir chacune de leur prestation.

Lorsque la lumière baisse, la première scène nous permet de découvrir les divers groupes de danseurs et danseuses apparaissant de toutes parts et disparaissant aussi vite qu’ils sont venus. J’ai trouvé ce moment fluide et appréciable, malgré quelques gymnastiques visuelles à faire (difficile de se concentrer quand on voit plein de petites chorégraphies s’entremêlant).
Dans ce flot de danseurs, Charlot apparaît et se dirige vers un écran en fond de scène, nous découvrons des images (ou plutôt les ombres) de sa jeunesse.
Cette première scène était probablement une de mes préférés car je trouvais l’introduction parfaite pour comprendre le sujet et elle permettait de découvrir quelques bribes de mouvements rappelant aisément au monde de Chaplin. Bref, c’était engageant, ce qui me rassurait étant donné que la danse contemporaine reste pour moi un risque.

Danseurs et danseuses en Chaplin – ©Agathe Poupeney

A mon sens, les danseurs nous offraient des performances dynamiques et expressives, participant grandement à la contextualisation des évènements (comme lorsque les danseurs et danseuses se mettent dans la peau de photographes, ou encore le moment où ils représentent d’imminents acteurs et actrices de cette époque, sans compter la scène où ils représentent la filmographie de Chaplin).
Au même titre que la musique est créatrice d’émotions, la troupe donne largement sa part en étant en toile de fond tout au long du spectacle et en soutenant les danseurs principaux, Marin Delavaud (Chaplin) et Céline Nunigé (Charlot).

Le duo Chaplin / Charlot

Chaplin a son alter égo au cinéma, qui n’est autre que Charlot, ce personnage haut en couleurs capable de représenter les moments de désarroi et de rire dans la même foulée. Comment parler de l’un sans parler de l’autre ?

Ce spectacle y répond de manière simple : impossible. Charlot est la découverte de Chaplin. Ce personnage s’est développé pour devenir un incontournable du cinéma, faisant de Charlie Chaplin une figure emblématique de ce milieu, une référence.
Ainsi, les deux sont représentés simultanément au cours de ce ballet, se jaugent et s’observent, dansent ensemble, évoluent ensemble, découvrent le monde et les amours ensemble avec une grande complicité et quelques traits d’humour exposés par la gestuelle. Parfois, ils accueillent dans la ronde les femmes de la vie de Chaplin : Mildred, Paulette et Oona, sa dernière épouse.

En outre, je souhaite aborder un point positif en particulier. J’ai eu la chance d’être relativement proche de la scène avec une bonne visibilité et j’ai littéralement adoré les danses entre Chaplin et Charlot. Je dois bien admettre que lors de ces moments, j’observais surtout la danseuse jouant le rôle de Charlot : elle était d’une grande expressivité, les mimiques et gestes me rappelaient sincèrement les films où nous pouvons voir le vagabond. Dans ses façons de clown, nous percevions toute l’élégance du personnage et c’est ce qui rend Charlot inoubliable, c’est ce qui fait que des scènes marquent notre esprit.
J’ai ainsi l’impression que l’ensemble de l’identité visuelle de Chaplin a été réellement intégré par le spectacle, pris en considération. Les danseurs, et surtout Céline Nunigé (“petit” coup de cœur), se sont pleinement ré appropriés l’univers “chaplinesque”. C’était un régal.

Le duo Chaplin / Charlot – ©Agathe Poupeney

Et tout ceci avec une contextualisation parfaite

Chaplin, c’est aussi une personne marquée par son histoire personnelle et son environnement : la guerre, l’hyper industrialisation et la précarité qui lui est associée, la peur du communisme qui s’empare du cœur des États-Unis. Tout ceci est perçu par les sons et lumières (comme ce fut le cas pour l’imitation des bombes), mais également par des éléments narratifs.
Un de ces éléments, nous avons eu le droit à un instant qui m’a un tantinet ému où j’avais l’impression que Chaplin/Charlot vivait une agression car accusé d’être communiste à partir de sa filmographie engagée. Je revois encore Charlot contre la vitre, entouré d’un essaim de danseurs badigeonnant la vitre de mousse à raser (?) après qu’il ait été marqué par le marteau et la faucille, sous les yeux d’un Chaplin impuissant, lassé.

Bon. Je ne vais pas vous laisser sur la minute tristesse.

La guerre a marqué la filmographie de Chaplin, notamment à travers Le Dictateur, raillant un despote nous rappelant largement Adolf Hitler et nous offrant un des plus beaux discours – à mes yeux – du cinéma.
Une fois de plus, ce personnage tyrannique connait un moment ridicule, cette fois-ci sur scène, ramenant un peu de légerté sur un sujet grave, permettant de laisser s’échapper quelques rires dans le public … Ce moment rappelait une période importante de notre Histoire mais rappelait une des caractéristiques premières (et une des plus belles à mon sens) de Chaplin : sa capacité à considérer le rire comme un remède contre tous les maux.

Le dictateur dans une bulle entouré par Chaplin et Charlot – ©Agathe Poupeney

Encore une fois, le ballet de l’Opéra national du Rhin m’a encore offert un beau moment, sur un sujet que j’aime beaucoup. La chorégraphie et les décors étaient superbes, et les danseurs et danseuses magnifiques, rayonnants par leur capacité à se mouvoir avec élégance tout en nous offrant un large panel d’émotions.
Merci à eux pour cette belle après-midi !

Et vous, avez-vous vu le spectacle ? Qu’en avez-vous pensé ?

J’ai aimé : la chorégraphie, les décors, l’interprétation, l’univers
J’ai moins aimé : Rien
Infos pratiques :

Si vous souhaitez suivre l’OnR, n’hésitez pas à aller sur leur site internet : http://www.operanationaldurhin.eu/index.html

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Passionnée par la culture au sens large, formée pour travailler dans les musées, curieuse de tout... Pourquoi ne pas vous faire partager mes découvertes ?

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