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Réverbère, artiste de rue à Décibulles

Réverbère est un artiste issu de la rue. Jongleur au départ, il tombe en amour avec les arts de la rue et quitte son métier d’électricien pour devenir troubadour… Rencontre avec un artiste hors norme.


Son spectacle à peine fini, on se rejoint pour l’interview. Il vient de passer 25 minutes sous un soleil ardent à apprendre à un jeune homme à manier le fouet. Il lui a permis de devenir Indiana Jones le temps d’un spectacle. Réverbère est de ceux qui pensent que tout est possible si on y croit, que tout être humain est capable d’apprendre si on se donne les moyens de bien expliquer. Il en a fait la démonstration avec Georges. Il aime faire rire les gens et plus encore. Je le rencontre…

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Réverbère apprend à Georges, sur le fauteuil, à manier le fouet – ©Camille Dietsch pour My Mulhouse

Camille : Bonjour Réverbère, merci de m’accueillir pour cet interview. Je me demandais ce que ça te faisait comme effet Décibulles ?

Réverbère : C’est un festival de musique, le public est festif, ils se marrent bien. Parfois c’est plus dur pour moi, parce que justement ils ne sont pas là pour ça. Les festivaliers sont venus pour la musique en priorité, mais s’ils voient quelque chose de drôle, ils sont assez ouverts pour avoir la curiosité de venir voir de plus près. Ce qui est bien dans ces festivals, c’est que les parents sont tolérants, ils y amènent leurs gosses alors qu’on y voit des choses peu admises par la société (alcool, …). Ça pourrait choquer, mais eux non, ils viennent parce que ça fait partie de la vie. Le public est du coup assez éclectique.

Le public est important pour toi…

Oui, ben oui ! C’est la primeur d’un spectacle ! Sans public, on est rien. Dans les festivals comme ça, je trouve dommage qu’on ait perdu le côté chapeau. Pas tant pour l’argent, mais pour le côté symbolique. Les gens sont déshabitués du chapeau qui passe à la fin, ça fait pourtant partie du folklore. Ca je trouve ça dommage.

Du coup, c’est quoi pour toi le mieux ?

J’adore les petites fêtes de village. C’est souvent le plus drôle. Le public est neutre. Tout le monde y va. Parents, enfants, adolescents, adultes, personnes âgées… Ils profitent de chaque instant à fond les ballons, et ça c’est agréable comme ambiance.

Enfants, adultes, adolescents… une préférence dans le public ?

Je m’en fous. Du moment qu’on passe un bon moment, je m’en fous. Même si quand je choisis une personne du public et il s’avère qu’elle a une déficience, je m’adapte. Certaines déficiences sont moins visibles que d’autres, je ne vais pas le refuser à cause de son handicap, mais je vais m’adapter. Ca m’arrive de temps en temps.

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Réverbère précise sous les rires du public que ça peut faire mal si on se loupe… – ©Camille Dietsch pour My Mulhouse

Mulhouse, tu connais ?

Oui, j’y ai déjà joué, mais là… je ne pourrais plus te dire quand c’était… 1994 ? 200. ? Franchement désolé !

A Décibulles, y a les bulles de bière, mais as-tu déjà fait des bulles à savon ?

Pas souvent pour être honnête. Ah si, dans le bain ! Ou la dernière fois quand un de mes amis a fait un spectacle avec des bulles à savon, j’en ai profité pour en refaire. Sinon, en tant qu’artiste, c’est admis que je bulle souvent…

Être troubadour, ça t’est venu d’où ?

Ce n’est pas une vocation. C’est que je fais de mieux. Si je peux continuer à sortir les gens de leur quotidien, je le fais volontiers. Faire oublier leurs malheurs à des gens le temps d’un spectacle, c’est génial comme sensation. J’aimerais vraiment qu’on sorte du principe de société qui dit que si t’es pas bon, on te sort. Tout le monde est capable d’apprendre. Les rencontres font aussi les choses. Un enfant n’est pas nul, tout le monde a un talent.

Et Georges ?

Georges (la personne du public choisie à son spectacle s’appelle Georges pour les hommes et Georgette pour le femmes, ndlr) a ce pouvoir d’apprendre. Je lui apprends à manier un fouet comme Indiana Jones par exemple. Au départ, si on te donne le fouet et qu’on te dit d’en faire, on peut te dire que t’es nul, parce que tu ne sais pas le manier. Mais si quelqu’un t’explique bien, tu peux vite apprendre. Georges a un talent, des talents. Georges est universel. On le retrouve partout.

Tu es un peu altruiste en fait ?

Ah ! Je n’aime pas faire de salle, j’aime monsieur ou madame tout le monde. J’aime pouvoir échanger avec eux après le spectacle, les découvrir, écouter de nouvelles histoires… Je ne vaux pas mieux qu’un autre. Les autres valent mieux que moi, puisque je suis clown. C’est drôle, parce que quand on fait rire les gens, on n’a pas de reconnaissance. Tu les as touchés, mais pour un banquier, je ne reste qu’un clown. Coluche et Devos étaient des humanistes. Personne ne leur arrive à la cheville aujourd’hui pour moi. Je ne vois pas l’ombre d’un artiste leur arriver à la cheville pointer le bout de son nez… J’aime faire oublier leurs problèmes aux gens ne serait-ce que pendant une heure.

C’est quoi ta danse préférée ?

Ouh la… Je ne danse pas ! Mais j’aime voir les danses en duo. Je suis un piquet, je ne peux rien danser, mais j’aime les voir. Quand tu prends un concert par exemple, les gens ils sont venus pour voir leur artiste préféré, ils sont dans la foule à regarder leur artiste performer, et ils dansent tout seul la plupart du temps. Ca manque d’humanité. Alors que dans les danses de couple, les couples échangent, ça devient intéressant. La musique transporte les gens, mais pour moi c’est mieux quand ils jouent ensemble. Danser c’est bien, mais la contemplation c’est bien aussi !

Artiste de la rue, tu te sens comment quand il pleut ?

Oh ben j’suis Normand, j’aime quand il pleut. Et puis ça fait pousser les tomates ! Plus sérieusement, j’ai rarement eu des annulations de spectacle, j’ai de la chance.

Ce serait quoi ton rêve ?

Le même spectacle, mais sans chaise et sans valise. Tu vois, dans la première partie de ma prestation de ce soir, j’ai quasiment pas utilisé les accessoires que j’avais. Tout ce dont je me suis servi, ce sont les trois objets que j’avais dans la poche. La simplicité m’impressionne, je n’ai pas envie et nous n’avons pas besoin de spectacles à l’américaine avec les feu d’artifices et tout ça… Aujourd’hui il y a peu de gens qui restent contemplatifs des montagnes, alors que j’adore ça. Je suis aussi pêcheur, et j’adore le silence qui règne quand je pêche. J’aime bien aussi regarder les rouge-gorges et les martin-pêcheurs, c’est simple, mais tellement beau. Ça, ça m’impressionne oui.

Merci Réverbère pour cet échange plein d’humanisme. Je te souhaite une bonne route clownesque, encore plein de Georges à former sur ton passage. Et un peu de pluie de temps en temps pour ravir ton côté normand ;).

J’ai aimé : une autre rencontre humaniste, découvrir sa vision de la vie, son spectacle qui était drôle.
J’ai moins aimé : le calvados à flot dans la 2nde partie du spectacle… pas très responsable, mais si tout le monde rit, ça doit être admis. :s
Infos pratiques :
Réverbère, son site internet: http://www.reverbere.org/
Décibulles 2016 : le dossier
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Sundgauvienne de naissance, Mulhouse était pour beaucoup « the place to be » lorsque j’étais ado. Aujourd’hui, après de nombreuses années de vie un peu partout en France et à l’étranger, je me re-pose et re-découvre cette ville. Je vous propose de m’accompagner dans mes découvertes et kiffs sur une « place to be » parmi tant d’autres dans ce monde.

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